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mardi, 01 janvier 2008
Brigitte Bardot le 30 décembre 1965

Brigitte Bardot est en couverture de ce numéro du 30 décembre 1965, tout comme elle l'était déjà, le 24 décembre 1964, puis le 16 décembre 1965, avec Jeanne Moreau. Dans les trois cas, pour ce qu'on appelait pas encore la "promo" du film de Louis Malle, Viva Maria.

ELLE se livre à une petite rétrospective de l'année 1965, l'occasion d'en remettre encore une louche sur le film: L'impossible réalisé par Louis Malle sous le ciel du Mexique. New York et Paris éblouis sous le même feu d'artifices. Cet impossible souligné à l'envi ferait presque passer les deux actrices pour caractérielles... La rétro présente aussi Françoise Sagan, 30 ans, dont le sixième roman Chamade, s'est vendu à 300.000 exemplaires, Marguerite Duras, qui aligne trois pièces de théâtre, deux films presque terminés et un roman à paraître, Flora et Benoîte Groult, qui lancent Féminin Pluriel, Christophe, 20 ans et nouvelle bombe de la chanson avec Aline et les Marionnettes et les bottes blanches de Courrèges, coup de tonnerre géométrique dans la mode.

Mais 1965, c'est aussi la première élection du président de la République au suffrage universel, qui a vu de Gaulle triompher de Mitterrand et qui a été la conclusion d'une année où les femmes, au premier plan ou non, ont constamment joué un rôle immense.

Immense peut-être, mais pas encore assez aux yeux de Benoîte Groult, qui, sans sa soeur Flora cette fois, entend tordre le cou (déjà !) aux ravages du jeunisme. Auparavant dans les grands magasins, indique-t-elle, au quatrième étage, on trouvait tout pour la femme. Il n'y a pas si longtemps, qu'on eût 20 ans, 30 ans, 40 ou 60, on était une femme tout court et on allait au quatrième en bloc. Mais aujourd'hui la femme se débite en morceaux. Il y a les morceaux de roi (ils ont toujours consisté en jeunes bergères...) et les bas morceaux ! Elle constate l'apparition d'un troisième sexe : les filles. La Fille. C'est elle qui inspire les couturiers, les auteurs et les chanteurs. On ne dit plus comme en 1900 : "J'ai rencontré une femme exquise" mais "Je suis avec une fille sensass ". Mon territoire à moi, qu'on désigne pudiquement comme "une plus de trente ans" - me faisant aimablement comprendre que le chiffre 40 est inavouable - mon territoire s'amenuisait chaque saison ; mais en cette fin d'année, j'ai découvert que j'étais désormais réduite à une portion congrue : celle d'une parente pauvre. Les rayons femme sont désormais classés par âge, regrette-t-elle. Ce n'est plus le Tout à 100 F mais le Tout à 20 ans. D'énormes étiquettes, pancartes, écriteaux, panneaux, vous précisent sur l'air de "J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas" que tout ce qui est étalé là, tout ce qui est drôle, nouveau , bien présenté, vivant, n'est pas pour votre fichu nez. Elle termine sur une note d'optimisme : "Les modes passent et la didacture de la jeunesse comme toutes les didactures, aura une fin."
J'aimerais bien savoir ce qu'elle en dirait aujourd'hui en se relisant, Benoîte. Elle qui, à la fin du mois, atteindra 88 ans...

ELLE est donc parti à New york avec Brigitte Bardot. On y présente, dans le plus grand cinéma de Times Square, un grand film français et parlant français.

Un vrai grand truc que ni Darrieux, ni Morgan ni même grand-papa Maurice Chevalier n'étaient parvenus à faire jusque-là.

Et Brigitte a conquis l'Amérique - et les Américains - par son naturel. Le contraire d'une star, quelqu'un qui vous regarde dans les yeux et qui fait des réponses bien plus drôles que les questions qu'on lui pose. A la sortie de la première au cinéma Astor, c'est de la folie. On ne voit d'elle que deux yeux plein d'effrois. Les policiers bousculent les gens qui hurlent. Plusieurs projecteurs grands comme des roues de camion sont braqués sur ce spectacle extravagant : celui d'une jeune femme de 31 ans provoquant une hystérie collective, uniquement parce qu'elle est belle. On ira jusqu'à retrouver un admirateur caché dans sa voiture...

A New York, Brigitte Bardot fait la vamp. A la Marlène Dietrich en fourreau noir, à la Grace Kelly en ligne tige, à la Ava Gardner dans un somptueux manteau de lapin et à la Jean Harlow sur... une peau d'ours. La plus belle des belles qu'une bête ait jamais portée.

Côté déco, on joue le métal, avec un lit d'autrefois et un miroir mexicain (120 F pour un ELLE à 1,20 F, soit 230 € pour notre ELLE à 2,30 €).

Et on fabrique soi-même sa bibliothèque, à base de tringles de métal.



Se maquiller brillamment mais discrètement, ça peut être à l'aide d'un col bijou. Créés par Vermon et paco Rabanne, ils sont cousus sur une mousseline et à éxécuter soi-même.

Côté mode, une robe plus veste meilleure formule pour n'importe quelle vraie femme bien féminine.

Juste à coudre, un manteau, en un peu plus de trois heures et pour 99,50 F. Il est en ratine de laine marine, rouge vif ou blanche. Le pantalon assorti, mêmes couleurs, est en loden. La pochette de fournitures coûte 39,50 F.

Le Bon Magique est pour Monsieur. Un blazer d'intérieur, c'est la nouvelle façon - jeune - d'être élégant à la maison. La coupe a été étudiée par Bernard de Quatrepingle. Le blazer est réalisée en Rhonel à rayures "club" anglaises et pourra aussi jouer les vestes de printemps pour 163 F.
Vivement lundi prochain !
17:30 Publié dans Ah, c'est ELLE... vintage ! | Lien permanent | Commentaires (41) |
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