jeudi, 03 mars 2011

Galliano, ça rime avec...

Natalie Portman par Joh, Galliano.jpg

Facho ? Salaud ? Mégalo ?

J'ai fini par m'agacer, hier sur Twitter, face à un déferlement de propos plus ou moins pertinents (certes toujours davantage que ceux qui valent à John Galliano un crash dont il n'est pas sûr qu'il se remette jamais, ainsi que l'analyse Géraldine Dormoy pour L'Express).


Il suffirait donc d'un inexcusable dérapage pour effacer tout ce que John Galliano a apporté à l'univers de la mode depuis 25 ans ? Qu'il ne puisse jamais se relever de s'être ainsi cramé est vraisemblable. En matière de provoc', l'abus de coke rendu public à la Kate Moss est certes de la roupie de sansonnet en comparaison de propos antisémites. L'une s'en est remise, pour l'autre c'est plus qu'incertain.

Dans un excellent article intitulé Galliano : la dérive du mégalo, Nathalie Petrowski ne semble, pas plus que je ne le suis, convaincue d'avoir affaire à un authentique néo-nazi : "La plus grande ironie de cette triste affaire est que John Galliano, fils d'un plombier anglais et d'une Espagnole folle de fringues et de flamenco, entré chez Dior en 1996, a fait sa marque dans la mode notamment comme apôtre du métissage. Le mélange des cultures et des genres, l'ouverture à la différence, le refus de l'exclusion et du racisme ordinaire étaient ses credos. À la fois gitan, pirate, punk et dandy, il s'imposait à lui-même comme à son équipe deux grands voyages par année. De l'Inde jusqu'à la Chine en passant par l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient, il rapportait les tissus, les étoffes, les couleurs et les costumes qu'il plongeait dans la grande marmite du métissage, d'où ils ressortaient spectaculaires et transformés. Le métissage, chez lui, ne s'arrêtait pas à la frontière de la mode flamboyante et outrancière qu'il créait. Aux dires de ceux qui l'ont vu à l'oeuvre, ses équipes étaient aussi métissées que ses vêtements. Le village global existait en vrai dans ses ateliers." Et de relever combien, le suicide de McQueen en est un exemple, le système de la mode broie inexorablement nombre de ceux qui la font.

Galliano McDowell Assouline.jpg

Le temps du bling et de la flamboyance est dépassé, Dior n'attendait que l'occasion de le remplacer, lit-on aussi ici et là. John Galliano a fait ses premiers pas chez LVMH en 1995 pour Givenchy. Libération se souvient encore de cette "mise en scène enivrante et hautement spiritueuse". Je m'en souviens aussi. Et personne, au vu de la personnalité hautement borderline de Galliano, n'aurait  alors parié qu'il puisse faire les beaux jours de la maison Dior durant 15 ans. Le plus étonnant, finalement, c'est que l'attelage improbable ait tenu si longtemps...

PS : j'ai, pour illustrer ce post, choisi une photo, prise entre ombre et lumière, d'un trésor de livre qui squatte ma bibliothèque depuis 1997 : John Galliano, romantique, réaliste et révolutionnaire, de Colin McDowell, aux éditions Assouline. Et un dessin signéGalliano paru dans L'Officiel de mars et croquant Natalie Portman, égérie de Miss Dior Chérie.

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Commentaires

Guerlain, Galliano qui versent dans l'injure raciale, Chanel qui boycotte le 93, la mode qui fait la part belle aux symboles militaires... on dirait bien que la tendance est aux fachos... Comme je te le disais hier, si l'on devait pendre haut et court l'intolérance sous toutes ses formes, il n'y aurait plus grand monde ici-bas. Pour autant, je suis pour clouer Galliano au pilori. Il n'en est qu'un parmi tant d'autres, mais il en est un de trop, à la stature médiatique qui plus est. C'est injuste, mais c'est pour l'exemple. Il est important de temps en temps de marquer les consciences qui oublient vite généralement.
Nul doute que Dior a profité de l'occasion pour se débarrasser d'un Galliano qui rebondira de plus belle. Pour mémoire, durant l'occupation allemande on pouvait lire sur la porte de la boutique Louis Vuitton "Interdit aux Juifs et aux chiens", mais qui s'en souvient ? Certainement pas les files quotidiennes et interminables de personnes impatientes aujourd'hui d'acquérir le précieux monogramme...

Écrit par : La mère Minos | jeudi, 03 mars 2011

Galliano : ni facho, ni salaud, ni mégalo. Tout simplement alcoolo je crois et sous pression constante aussi ! Et fragile sans doute. Je suis d'accord avec toi, la limite franchie n'est pas acceptable mais celà n'enlève en rien la créativité de ce monsieur.

Écrit par : Chris | jeudi, 03 mars 2011

J'essaie de ne pas tirer sur une ambulance, et à cet égard ton point des vue est des plus prudent et sincère en me^me temps. Je suppose comme beaucoup, que Dior profite de l'occasion pour se séparer à moindres frais (quoique) d'un créateur qui ne convient plus à leurs projets futurs.
je suis toujours outrées des jugements à l'emporte pièce, qui ne s'attarde pas sur les faits, la personne, les circonstances. Il est clair que personne n'a à tenir de propos racistes (en ayant moi-même souffert, encore en 2011, ça me touche et c'est à combattre). Il est clair aussi qu'avant de déclarer qui que ce soit le diable à chasser, il convient d'attendre.
Quant à l'apport de Galliano à la mode, il est multiple et magnifique. l'occasion de juger de l'hypocrisie et de l'ingratitude de ce milieu... le racisme et la drogue ne sont pas des choses exceptionnels dans le milieu de la mode, loin de là.

Écrit par : Océane | jeudi, 03 mars 2011

Moi je trouve juste dommage qu'un type aussi créatif devienne aussi con... c'est tout.

Écrit par : Marie | jeudi, 03 mars 2011

Je suis d'accord avec toi, Galliano n'est probablement pas un néo-nazi, mais un homme dépressif, drogué, alcoolique, bref dans une spirale d'auto destruction, et franchement que peut-on déclarer de pire de nos jours pour se tirer une balle dans le pied de manière consciente ou pas que "les juifs devraient tous être morts?" Bah rien, voilà...

Écrit par : Anna | jeudi, 03 mars 2011

Merci pour ce billet qui ramène un peu de raison et de calme dans ce monde d'excès.
Les propos de Galliano sont impardonnables et c'est rassurant qu'ils choquent autant (quand on pense à ce que certains politiques ou hommes publiques osent dire sans que cela ne perturbe qui que ce soit...).
De là à le clouer au piloris de la sorte, tirer un trait sur tout ce qu'il a fait et le juger de manière aussi radicale... et bien je trouve ça ridicule. Un peu de mesure, un peu d'intelligence, merde!!
Qu'il s'explique, qu'il soit jugé, mais surtout qu'il se fasse aider pour ce qui le pousse à se mettre dans des états pareils. Et qu'on retrouve sa créativité et son talent.

Et comme l'écrit si justement la mère Minos, que les gens se souviennent un petit peu de ce qu'ont fait toutes ces belles maisons que nous aimons tant pendant la guerre. Ce n'est pas si loin, et je ne suis pas sûre qu'on ait entendu beaucoup de mea culpa.

Écrit par : Miss Nahn | jeudi, 03 mars 2011

Pour moi c'était clairement de la provocation, (mêlée à l'alcool of course). Je pense aussi qu'on ne peut pas être un gros fachiste et faire en même temps des collections ethniques. ça ne tient pas. Quant à LVMH s'ils avaient voulu éviter le scandale, ils avaient tous les moyens de le faire. Ils n'ont donc pas voulu. J'ai la désagréable impression d'assister au lynchage collectif d'un type à qui tout le monde aurait graissé la patte il y a une semaine. Quant à ceux qui crient très fort comme Lagerfeld pour se dédouanner, ils feraient mieux de s'occuper de leur défilé de cette semaine. Merci pour cet article juste et sensible. )

Écrit par : Eudoxie | vendredi, 04 mars 2011

Pour moi c'était clairement de la provocation, (mêlée à l'alcool of course). Je pense aussi qu'on ne peut pas être un gros fachiste et faire en même temps des collections ethniques. ça ne tient pas. Quant à LVMH s'ils avaient voulu éviter le scandale, ils avaient tous les moyens de le faire. Ils n'ont donc pas voulu. J'ai la désagréable impression d'assister au lynchage collectif d'un type à qui tout le monde aurait graissé la patte il y a une semaine. Quant à ceux qui crient très fort comme Lagerfeld pour se dédouanner, ils feraient mieux de s'occuper de leur défilé de cette semaine. Merci pour cet article juste et sensible. )

Écrit par : Eudoxie | vendredi, 04 mars 2011

Bon, je "copie-colle" ici ce que je t'écrivais hier soir sur facebook (dans la précipitation, j'ai commenté là bas en me croyant ici... Bref, la sénilité me guette ;-)

Oui, enfin, je ne veux pas défendre Galliano, hein, mais il n'est pas devenu comme ça du jour au lendemain, si? Ca arrange bien LVMH, cette histoire, au moment où il devient moins "bankable", pour s'en débarrasser... Et cette vidéo qui sort..., comme ça, 2 mois après... Je trouve ça un peu gros. Et si on avait filmé tous ceux qui se sont déjà retrouvés dans le même état que lui, il y aurait sûrement de sacrées surprises. Maintenant, il est clair que ses propos sont abjects et inexcusables. Mais bon, je trouve tout cela bien "fortuit" tout de même...

Voilà ce qui me venait spontanément hier soir en commentant sur ton profil. Et depuis, en y réfléchissant, j'ai mis le doigt sur un truc qui me mettait mal à l'aise (en plus de ses propos à lui), c'est cette complaisance à le faire parler, ces filles qui gloussent (on les entend distinctement) et en continuant à filmer... Alors méfiance, car parfois, les choses ne sont pas forcément ce qu'elles ont l'air d'être.

Écrit par : Valérie de Metz | vendredi, 04 mars 2011

Galliano, lui, a déjà défilé !
http://www.oblomov.fr/?p=2813

Écrit par : oblomov | vendredi, 04 mars 2011

@La Mère Minos : c'est injuste et même pour l'exemple, je le déplore... Justement parce qu'il y a bien (même encore aujourd'hui) de coupables indulgences par ailleurs.
@Chris : il me semble qu'on est passé d'une époque coupablement tolérante à une autre où beaucoup son prêts à hurler avec les loups un peu promptement. Le côté curée me gêne terriblement.
@Océane : toi, qui comme Wafa, es directement confrontée à des attitudes inacceptables, tu fais preuve de mesure. Ce que beaucoup oublient décidément.
@Marie : "con" c'est pas un mot qui me convient. On est tous le "con" de quelqu'un. Et une fois qu'on a dit ça ? On peut continuer de réfléchir pour ne pas l'être trop soi-même, non ?
@Anna : je crois que c'est un remarquable suicide social en effet.
@Miss Nahn : ridicule, c'est ce que j'ai pensé aussi.
@Eudoxie : Galliano ça rime hélas avec "haro" aussi...
@Valérie : j'avais bien lu ton message sur FB, merci ! Cette complaisance, c'est le mot qui m'était pas venu et qui explique mon agacement, pour pas dire plus. Il y a beaucoup de complaisance parmi certains de ses détracteurs, avec en prime cette idée d'être du bon côté du manche. Euk.

Écrit par : frieda l'écuyère | vendredi, 04 mars 2011

Ma Frifri, laissons de côté le fait que Galliano a du génie et qu'il fut génial dans sa collaboration avec Dior. Cela ne atténuer même pas d'un gramme sa monumentale connerie. Des mégalos, on en connait, mais combien d'entre eux déclarent leur amour à Hitler, et trouvent que les juifs doivent être gazés, même ivres morts?
Sinon mon avis est qu'un abus de coke de Kate Moss et les propos de Galliano ne peuvent être comparés...

Écrit par : M1 | vendredi, 04 mars 2011

Je suis d'accord avec toi. J'en ai parlé aussi sur mon blog : si le sujet t'intéresse...
http://www.miaterralatina.com/article-john-galliano-licencie-par-la-maison-dior-suite-a-des-propos-racistes-68424435.html

Écrit par : Mia in TERRA LATINA | samedi, 05 mars 2011

Curieux ces liens à répétition entre le monde de la mode/parfum et les nazis. Dior (Françoise,) Liliane Bettencourt/Schueller, Coco Chanel...bien avant Galliano.

Écrit par : oblomov | samedi, 05 mars 2011

J'arrive un peu tard sur cet article mais comme les tortues qui avancent à pas lents, je suis sûre d'une chose, je suis bien contente de franchir une ligne d'arrivée comme celle de ton post même en bonne dernière ;-) !! Je partage ton avis (tu peux lire le mien ici : http://www.clothetome.com/Galliano-le-fou-du-roi-qui-loupe-sa-sortie_a93.html ) et je te dis bravo pour ton blog, bon week :-)!

Écrit par : louvero | samedi, 26 mars 2011

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